Sources (Musique)

Sélection discographique estivale

« Il pleut,
Le ciel est bleu
Il y a du vent mais rien n’y parait
C’est un moment parfait
Je l’oublierai jamais »

(Katerine, in Moment parfait)

 

Sélection établie par Damien Bonelli et Fabrice Fuentes.

 

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Sources (Musique)

John Butcher voit rouge

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Lorsqu’en août 2015 les Portugais du RED Trio (Rodrigo Pinheiro  au piano, Hernani Faustino  à la contrebasse, Gabriel Ferrandini à la batterie et aux percussions) invitent, dans le cadre du festival lisboète Jazz em Agosto, le saxophoniste anglais John Butcher, avec lequel ils ont enregistré un album chez NoBusiness (Empire, 2011), on peut s’attendre à ce qu’une telle réunion de musiciens retienne fiévreusement notre attention. A tout le moins sur le papier. Car, sur scène, sans toutefois décevoir, le résultat s’avère contrasté.

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Sources (Musique)

Mocke, Homard m’a pincer

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Il y a chez Mocke une vertu devenue trop rare chez les avant-gardistes de tous bords : le guitariste français ne craint pas de se rendre à une évidence mélodique avec laquelle semblent fâchés beaucoup de ses contemporains. Cette évidence a ceci d’étonnant qu’elle n’occulte en rien l’érudition qui en forme l’envers, comme si la clarté de son jeu laissait volontairement affleurer la trame de toutes les musiques qui l’ont façonné — et elles abondent dans ce St-Homard échoué sur la grève. Les lectures aussi, qui esquissent les contours d’un imaginaire qu’on pourrait, faute de mieux, qualifier de traversier. Les amateurs de ruptures esthétiques ou de perforation du tympan seront donc priés de passer leur chemin. Si expérimentation il y a, elle est ici subordonnée à une quête de beauté qui ne tient jamais qu’à un pas de côté. Rétive aux grands écarts, affranchie de toute prétention, cette poétique n’est mue que par la certitude que le voyage vaut bien la destination ; à condition d’emprunter dès que possible les sentiers sinueux qui dévalent à flanc de falaises jusqu’aux pêches miraculeuses.

Avec l’ex-Holden, la notion de jeu est à prendre dans toutes ses acceptions, et pas simplement instrumentale : c’est qu’on s’amuse beaucoup chez Mocke, lui, nous ; l’enfant en lui et nous surtout. La rigueur y reste toutefois la condition première de sa liberté d’improvisateur. Sûr de son geste et de sa vision, il ranime langues mortes et traditions éteintes en faisant souffler sur elles le vent des flûtes et des bassons, dans un irrésistible ballet des profondeurs où le son de sa guitare nous arrive bercé d’échos marins. Ce plongeur à six-cordes a l’éloquence sans paroles du scaphandrier, explorateur armé de sa seule faculté d’émerveillement. Il remonte à la surface au beau milieu de la nuit, porté par un chœur de crustacés béatifiés qui se livrent, un peu comme dans les cosmogonies de Sun Ra, à des saturnales d’une énigmatique familiarité. À la fois savante et ludique, la traduction qu’en propose Mocke est aussi, faut-il le préciser, l’une des prises les plus excitantes que le rock ait ramenées en 2016 dans ses filets.

Mocke – St-Homard (Objet Disque, 2016)

Mocke sera en concert à la Petite Halle de la Villette, à Paris, le 24 juin prochain.

 

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Sources (Musique)

Ueno Park, le lieu dit

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Première signature du tout nouveau label Tropāre, lancé par Amaury Cornut, Dix-Mille Yeux regroupe dix pièces de choix (parmi une soixantaine) improvisées par le guitariste Manuel Adnot (Sidony Box, April Fishes, Aeris). Dix morceaux à appréhender comme autant d’instantanés d’une quête au long cours qui l’aura vu, durant une année, arpenter, au sens propre comme au figuré, quelques terres familières ou étrangères (Uneo Park fait notamment référence au parc éponyme situé à Tokyo).

La suite sur Le Son du Grisli.

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Mirages (Cinéma)

Les grains de sable de 2015 (2)

hard to be 001Dix films sortis en 2015. Dix points de repère. Retours épars et transversaux.

 

. Il est difficile d’être un dieu d’Alexeï Guerman

Sortis tous deux en début d’année, à quelques semaines d’intervalle, l’immense et posthume Il est difficile d’être un dieu aura été l’antidote réjouissant au calamiteux Birdman d’Alejandro González Iñárritu. On retiendra surtout une utilisation différente du plan-séquence, célébré dans ces deux films. Chez Iñárritu, il se résume à un effet spécial emprunt de vanité, il est le tenant d’une véracité cassavetienne après laquelle la caméra court sans relâche, éprise de sa propre virtuosité. Ce cinéma de la bougeotte insignifiante et de la fébrilité truquée donne au final plus à voir son souci de mobilité que la vitesse de la vie. Chez Guerman, au contraire, le saisissement du monde se heurte constamment à la dérobade du vivant, qui l’excède de toutes parts. Le regard du cinéaste fouaille un chaos dantesque qui déborde le cadre et la narration, voire la réalité du tournage, au point que le spectateur, soumis à rude épreuve, parfois désigné comme tel par un personnage, ne sait plus très bien de quoi il retourne vraiment, perdu qu’il est dans cet univers boschien surchargé, cru et narquois. Nulle sommation à suivre les personnages dans un dédale de couloirs qui tournent en rond, mais plutôt l’invitation à halluciner un univers saturé et suffocant. La durée conséquente du plan lui autorise ainsi de se cogner, littéralement, à la confusion et l’indécision quant à ce qu’il voit, sinon perçoit, de ressentir le temps sous forme de blocs de récit qui s’entrechoquent sans procéder d’un rapport causal évident. Cinéma virtuose, là aussi, splendeur plastique sans équivalent, expérience sensorielle éprouvante, Il est difficile d’être un dieu se met au diapason d’un obscurantisme sans limites et d’une décomposition généralisée que le cinéaste russe questionne de l’intérieur, en mettant les mains dans la merde.

 

. Mad Max : Fury Road de George Miller

Foncer dans le mur. Tambour battant. Et revenir au point de départ comme une balle. A la barbarie opposer la seule chose qui vaille : l’élan vital d’un furieux aller-retour dont la vitesse et la déflagration font feu de tout bois.

 

. Inherent Vice de Paul Thomas Anderson

Prolongeant ce cinéma de l’aporie qui innervait déjà The Master, cette adaptation à l’écran de Thomas Pynchon s’avère être un véritable coup de maître et tout bonnement le meilleur long métrage de son auteur. Voilà en effet deux films successifs où Paul Thomas Anderson met à rude épreuve sa propre maîtrise, se risque au délitement, à la béance, au lâcher-prise, de sorte que son savoir-faire semble aujourd’hui, dans un étrange mouvement de torsion, se retourner contre lui-même, comme si les images prenaient soudainement le pouvoir, célébraient leur autonomie et imposaient leur logique mystérieuse et, au demeurant, délectable.

 

. A la folie de Wang Bing

Que se cache t-il sous les draps du communisme chinois ? Des corps improductifs et fatigués mis au rebut. Où quand les draps tendent à devenir linceul. Puissance du regard, dès lors, capable de, sinon sauver les morts en devenir, du moins leur redonner coeur, les faire exister comme matière première (peaux, fluides) indéfectible.

 

. It Follows de David Robert Mitchell

Un homme nu dressé sur un toit. Fulgurance d’une vision horrifique sur fond gris-bleu. Menace qui jaillit du plan, l’ouvre de l’intérieur, le contamine sans perturber, toutefois, la froide rigidité du cadre. Moment de basculement où s’effondre moins le monde que l’idée qu’on s’en fait. Projection d’une angoisse cauchemardesque, matérialisée le temps d’un éclair, qui emporte avec elle les rêves d’enfant.

 

. Cemetery of Splendour d’Apichatpong Weerasethakul

Dans les films de Weerasethakul se ne sont pas seulement les corps qui s’allongent mais aussi le temps. Un temps qui s’étire, impressionne lentement l’espace, confine à la langueur. Ce temps suffisant pour matérialiser un passage, une métamorphose. Ici, les paysages entrent dans le plan, la lumière berce les morts et la beauté se meut naturellement.

 

. Mia Madre de Nanni Moretti

La grandeur du dernier Moretti tient essentiellement à son effet déceptif. Film de l’absence, du retrait, du repli. Point de désinvestissement mais plutôt un pas de côté. Une façon pudique et méditative de regarder à travers une vitre la mort au travail – celle de l’autre, la sienne, de ses idéaux.

 

. Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin

Arnaud Desplechin a souvent donné l’impression de réaliser ses films pour de mauvaises raisons — notamment pour régler des comptes. Perçaient alors, non sans complaisance, rancoeur et désir non feint d’humiliation, voire pur masochisme. Trois souvenirs de ma jeunesse n’échappe pas totalement à cette désagréable tendance mais le rajeunissement de ses personnages principaux a inoculé une vitalité nouvelle dans son écriture romanesque.   

 

. Le Pont des espions de Steven Spielberg

Ce qui différencie Spielberg des autres cinéastes de sa génération prestigieuse (Scorsese, De Palma, Cimino, surtout, Coppola ayant une position plus ambigüe aujourd’hui), c’est qu’il oeuvre en cinéaste avant de songer à son statut d’auteur. Ses films façonnent l’auteur, et non l’inverse. Rarement il s’est rêvé en démiurge ou prophète capable de transcender n’importe quel sujet. « L’homme debout », c’est aussi lui, qui filme à sa hauteur une histoire intime prenant les apparences du spectaculaire. Ici, comme dans ses meilleurs films, sa mise en scène va à l’essentiel, se refuse à tout esprit de sérieux et, plutôt que de redoubler le grand sujet annoncé, revêt  les caractéristiques d’un récit d’espionnage ludique et volontiers fantaisiste où la vivacité de dialogues haletants remplace l’action attendue.

 

. Comme un avion de Bruno Podalydès

Il en va d’une dernière séquence et d’une chanson d’Alain Bashung. D’un regard (elle) qui retisse un lien et offre, enfin, la possibilité de remonter le courant (lui). La rivière aux détours était aussi celle du retour.

 

Illustration @ Cath Rostain

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Sources (Musique)

Les grains de sable de 2015 (1)

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« Toute musique est intérieure, plus ou moins, qu’on le veuille ou non. La musique est le chant du secret, la voix de l’invisible, de l’inexprimable : ou, si l’on veut, elle est le seul moyen de l’exprimer. Pour qui ne le sent pas, elle n’est qu’un bruit, indiscret, morbide ou plein d’ennui. » (André Suarès)

 

. Joshua Abrams – Magnetoception (Eremite)

. The Apartments – No Song, No Spell, No Madrigal (Microcultures)

. Stephen Haynes – Pomegranate (New Atlantis)

. The White Birch – The Weight of Spring (Glitterhouse)

. Julia Holter – Have You in My Wilderness (Domino)

. Matana Roberts – COIN COIN Chapter Three : River Run Thee (Constellation)

. Elvis Perkins – I Aubade (MIR)

. Orso Jesenska – Effacer la mer (03h50)

. Jim O’Rourke – Simple Songs (Drag City)

. Philippe CrabRidyller Rasitorier Rasibus (Le Saule)

. Arlt – Deableries (Almost Music)

. Nicole Mitchell/Tomeka Reid/Mike Reed – Artifacts (482 Music)

 

Une découverte tardive : Richard Dawson – Nothing Important (Weird World)

 

 

** Reissues **

 

. Ornette Coleman – Beauty Is A Rare Thing : The Complete Atlantic Sessions (Rhino)

. Sonny Rollins Quartet with Don CherryComplete Live at the Village Gate 1962 (Disconforme)

. Karin Krog – Don’t Just Sing : An Anthology 1963-1999 (Light in The Attic)

. VA– Rastafari : The Dreads Enter Babylon 1955-1983 (Soul Jazz)

. Loren Connors – Airs (Recital)

. Sun City Girls – Torch of the Mystics (Abduction)

 

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